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Nouvelle Acropole Montreal

Le volontariat - Donner du sens à ses actions

Nouvelle-Acropole-Sandro-SpagnoliPropos recueillis par Marie-Agnès Lambert de la revue Acropolis.

Responsable de la protection civile de la région des Abruzzes en Italie jusqu’en 2009, Sandro Spagnoli a mis ses compétences professionnelles au service de Nouvelle Acropole. Il a dirigé et organisé les actions de protection civile. La revue Acropolis l’a rencontré et interrogé sur ses activités.

Décédé en 2009 lors du tremblement de l’Aquila en Italie, le gouvernement Italien lui a remis, à titre posthume, une reconnaissance officielle pour son service et son volontariat.

C’est la première fois que le gouvernement Italien remettait une telle reconnaissance. (1) (2)

Acropolis : Vous êtes Directeur Civil de Nouvelle Acropole Italie depuis 1992. Quel est votre rôle?

Sandro Spagnoli : J’organise des activités auxquelles participent des centaines de jeunes issues de toutes les régions d’Italie. Il s’agit d’activités en relation avec l’écologie, la protection civile et la solidarité, dont l’objectif n’est pas uniquement de préparer techniquement des volontaires mais de favoriser l’émergence des qualités humaines dans l’individu, notamment la générosité et la solidarité, pour tendre la main à celui qui en a besoin.

Acropolis : Qu’est-ce qui vous a amené à travailler pour une association telle que Nouvelle Acropole?

Sandro Spagnoli : J’essaie d’appliquer dans ma vie un comportement éthique, que ce soit en tant que père ou en tant que professionnel. J’ai voulu mettre mes compétences professionnelles au service des autres et devenir un citoyen responsable au service de la collectivité. J’ai voulu jouer un rôle constructif pas seulement avec des belles paroles et des théories toutes faites mais avec un engagement social qui permet de participer au destin de la collectivité et des hommes qui en font partie.

J’ai choisi Nouvelle Acropole parce que cette association est une vraie école de vie où un jeune peut se redécouvrir lui-même, se former, réveiller ses potentialités, comprendre ses propres limites, s’enrichir d’expérience, de relations, en promouvant l’échange entre les êtres humains.

Acropolis : Qu’est-ce que pour vous une école de vie?

Sandro Spagnoli : Nouvelle Acropole est une école de vie parce qu’on y enseigne le « savoir-faire » mais aussi le « pourquoi faire ». C’est le but du volontariat. On ne naît pas volontaire, on le devient et Nouvelle Acropole aide sur ce chemin, dans ce changement vers des valeurs de solidarité, d’altruisme, de tolérance et de générosité. De plus, Nouvelle Acropole apprend à être en cohérence avec soi-même.

Acropolis : Qu’est-ce qu’un engagement social pour vous?

Sandro Spagnoli : Nouvelle Acropole m’a appris qu’il n’est pas juste de se pencher à la fenêtre de l’indifférence et du confort pour critiquer tout et tous, et que seul l’exercice constant de sa propre volonté au service des autres permet d’atteindre ce rôle constructif au sein de la société et de devenir un individu social et politique.

Acropolis : Comment devenir un individu social et politique?

Sandro Spagnoli : Pour le devenir, les paroles, les phrases toutes faites, les bonnes intentions, ne sont pas suffisantes. Il est nécessaire de développer des vertus fondamentales de l’être humain : le service, Jorge Angel Livraga, fondateur de Nouvelle Acropole dans le monde disait que seuls les hommes libres, peuvent servir. On ne sert ni par obligation ni par mode. Cette attitude, si intime, naît seulement si elle a comme source la justice, une pensée libre et une conscience éduquée.

Acropolis : Qu’est-ce que le volontariat pour vous?

Sandro Spagnoli : La société contemporaine présente des profondes carences de solidarité et en même temps des expressions importantes et concrètes de ce phénomène, représentées de façon emblématique par le volontariat. Le volontariat est un monde extrêmement hétérogène et complexe, caractérisé par de multiples différences concernant aussi les motivations de ceux qui en font partie. En général il sous-tend une forte idée de citoyenneté active.

Il est toujours l’expression directe de la solidarité et d’une morale qui se pose comme antithétique à la morale utilitaire et à l’optique de l’échange.

Le phénomène du volontariat contribue à élargir le champ de l’inclusion sociale et à réaliser de nouvelles formes de participation orientées vers la relation à l’autre. C’est également l’expression d’un espoir et d’une aspiration à une société nouvelle et meilleure.

Acropolis : Quelle est l’ambition de Nouvelle Acropole avec le volontariat?

Sandro Spagnoli : Pour Nouvelle Acropole, le volontariat est l’aspiration à reconstituer un tissu social fragile et souvent déchiré, en partant en quelque sorte d’un engagement direct et personnel en faveur d’autres individus : non une fin mais un instrument opérationnel pour éduquer les jeunes aux valeurs de la vie.

Acropolis : Quelles sont les actions de volontariat que mène Nouvelle Acropole Italie?

Sandro Spagnoli : Le groupe de protection civile de Nouvelle Acropole Italie réalise de multiples activités : du simple service d’assistance au public à l’occasion des manifestations publiques de différents types, aux interventions spécialisées dans des cas d’inondations, d’urgence neige, de secours maritime, de risque sismique, lutte anti-incendie…

En ce qui concerne certaines catastrophes naturelles, Nouvelle Acropole mobilise des équipes spécialisées qu’elle a formées pendant des années et qui associent la vocation au service, et la passion personnelle et intérêt pour ce type particulier de spécialisation. Elle est intervenue entre autre en 2004 en Thaïlande pour secourir les populations victime du Tsunami ; en 2005 les volontaires sont allés au Pakistan pour aider la population après le terrible tremblement de terre.

Acropolis : Nouvelle Acropole est une école de philosophie. Est-ce que la philosophie joue un rôle dans le volontariat?

Sandro Spagnoli : Le volontariat inclut toujours la philosophie car celle-ci est le moteur humain de l’action volontaire. La société actuelle, celle de la consommation, de la mécanisation, du progrès, a généré un état d’âme de confusion diffuse, lorsque l’homme s’est rendu compte qu’il n’avait pas répondu aux exigences qui naissent du plus profond de lui-même et que par conséquent, il s’est éloigné de ce que demande la complexité humaine.

Aujourd’hui l’homme a perdu le respect de lui-même et des autres, il s’Est mis à la hauteur de l’animal, en assumant sa propre stupidité ou férocité, en niant en même temps cette spiritualité et rationalité en lui qui permettent de s’élever et se perfectionner constamment, en tant qu’individu et en tant que être social.

Acropolis : Qu’apporte la philosophie au volontariat?

Sandro Spagnoli : La redécouverte de la philosophie n’a pas comme objectif un retour au passé mais une quête d’enseignement valables pour la situation actuelle, c’est-à-dire une société en crise de valeurs. L’homme ne peut pas se passer de valeurs, car elles l’aident à se retrouver lui-même pour pouvoir s’exprimer au sein de la société, en conservant et en transmettant ce qui est valable, et en transformant ce qui a aliéné sa liberté. Revenir à la philosophie ne signifie pas se replier sur soi-même mais chercher la valeur et la dignité de l’homme dans son individualité et dans sa sociabilité, parce que percevoir son être profond signifie être sollicité à le réaliser en s’améliorant.

La philosophie oppose à l’artifice ce qui est naturel, exaltant ainsi la simplicité.

Il est souhaitable que l’effort et l’engagement du passé, comme toujours, puissent réveiller des convictions profondes et encourager à trouver en soi la force pour transcender la période de crise qui tourmente l’homme d’aujourd’hui, parce que le recul du temps arrive à adoucir la passion du présent et rend la conscience humaine plus sensible à la modération, à la modestie et surtout au respect d’autrui.

Acropolis : Nouvelle Acropole collabore-t-elle avec des autorités officielles?

Sandro Spagnoli : Compte tenu de sa crédibilité acquise sur le terrain durant plusieurs années, la collaboration de Nouvelle Acropole a été sollicitée par plusieurs institutions italiennes.

Nous collaborons avec le Département de la Protection Civile, avec la Présidence du Conseil des Ministres, la plus haute autorité de l’état en matière de Protection Civile, avec le service de Protection Civile des différentes régions italiennes où nous avons des filiales, avec les autorités portuaires, les mairies, le Corps forestiers de l’état, les parcs nationaux et régionaux, etc. Notre association est une O.B.N.L., c’est-à-dire une organisation à but non lucratif, d’utilité sociale et nous sommes inscrits dans les guides nationaux, régionaux, provinciaux et départementales.

Acropolis : Qu’est-ce qui pousse un volontaire à agir pour une collectivité?

Sandro Spagnoli : Les groupes de volontariat, qu’il s’agisse d’associations ou organisations, sont constitués d’individus dont l’appartenance est fortement orientée vers la solidarité. L'action de volontariat est complètement gratuite. Les relations qui s’établissent entre les volontaires et les bénéficiaires de l’action, sont choisies en toute liberté. Dans tous les cas, le volontaire agit dans la société pour répondre à une double exigence : d’un côté répondre aux besoins des autres, d’un autre côté pour assouvir une exigence personnelle de satisfaction et plénitude existentielle.

Acropolis : En quoi consiste la formation du volontaire à Nouvelle Acropole?

Sandro Spagnoli : Il est évident que la formation au volontariat comprend des connaissances et méthodes d’intervention, de relations, d’approfondissement sur la façon d’agir, mais elle porte une attention particulière aux motivations, c'est-à-dire au sens de l’action. S’il n’y a pas de motivation profonde, de sens à l’action, on risque de faire de la simple manutention gratuite ou d’arrêter le volontariat parce qu’on n’en aura plus envie et surtout parce qu’on aura perdu le sens profond de l’action que l’on mène.

C’est pourquoi, notre cours qui dure de quatre à cinq mois, prévoit une formation non seulement avec des matières théoriques mais aussi avec des expériences pratique, et surtout avec l’étude de l’éthique du volontariat dont l’objectif est de transmettre, à travers les philosophies du passé, ce bagage de valeurs morales et éthiques nécessaires au volontariat pour comprendre les motivations qui poussent à agir en société et qui permettent de faire face aux situations de la vie.

Acropolis : Pour finir, quel message pouvez-vous transmettre à ceux qui s’intéressent au volontariat?

Sandro Spagnoli : Dans la société actuelle, le volontariat est l’unique possibilité, l’unique ressource, l’unique espace social que l’homme possède pour expérimenter la valeur du service. Un service qui engage l’homme à mettre en cause sa propre liberté, pour découvrir et récupérer les valeurs humaines qui ont tendance à être effacées par la logique du profit et de l’intérêt personnel.

On a besoin d’hommes nouveaux, d’homme avec une moralité renouvelée, qui mettent à disposition de la collectivité leur propre savoir, leur propre cœur et leur propre générosité.

(1) Quelques images de la cérémonie de remise de médaille par le Préfet de L'Aquila, Franco Gabrielli, chef de la Protection Civile (en Italien)
http://www.abruzzoweb.it/contenuti/una-mdeganala-ala-memora-a-sandro-spagnoli-il-volontario-filosofo/551691-4/

(2) Quelques mots de Franco Gabrielli a propos de Sandro Spagnoli (en Italien) http://www.nuovaacropoli-volontariato.it/volontariato/emergenze-calamita-e-grandi-eventi/terremoto-allaquila-del-6-aprile-2009/15042012-gabrielli-ricorda-lesempio-di-sandro-spagnoli-primo-volontario-di-nuova-acropoli/